La castration précoce  correspond à l’exérèse chirurgicale des gonades (testicules ou ovaires) d’animaux non pubères (<4-5 mois).
De nombreuses études scientifiques, associé à un recul de plus de 20 ans sur cette pratique au Etats-unis, démontre que la castration précoce chez le chat n’implique pas plus d’effets indésirables qu’une castration à un âge plus traditionnel (5 à 8 mois).
Néanmoins, cette pratique reste controversée et confidentielle en Europe.

 

L’objectif de la présentation est de présenter les intérêts de la castration précoce, ainsi que ses effets indésirables potentiels par rapport à une castration plus tardive.

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Indications de la castration

Effets secondaires indésirables potentiels de la castration (précoce ou non)

Indications de la castration (précoce ou non)

Contrôler la surpopulation féline

D’après Jewgenow, 2006

 

Il est possible de contrôler la population féline dans un territoire, si et seulement si plus de 2/3 des chattes sont stérilisées, et de limiter leur augmentation si plus de 50% des chattes sont stérilisées. 
En revanche, l’impact de la castration des mâles est limité sur le contrôle d’une population.
Il est donc indispensable d’avoir une véritable “politique” de castration systématique des chattes non destinées à se reproduire (non inscrits au LOOF).

Contrôler la reproduction du chat de race

De nombreux éleveurs de chats de race (inscrits au LOOF) font stériliser les chatons précocement (<3 mois) avant leur vente, afin de prévenir une utilisation de leurs chattes vendues pour la compagnie comme chatte reproductrice. Les éleveurs protègent ainsi leur travail de sélection et contrôle le marché de l’offre et la demande.
Les autorité du LOOF sont farouchement opposés à cette pratique dans les races à petits effectifs, constatant un appauvrissement génétique (augmentation marquée de la consanguinité) par l’utilisation d’un nombre très limité de géniteurs.

Prévenir le développement des comportements sexuels dits secondaires

Marquage urinaire

Moins de 3% des chats continuent à marquer après une castration précoce (Olson 2001).
Néanmoins chez le chat, le marquage urinaire apparaît lors de menace du territoire ou en cas d’anxiété : « marquage réactionnel ». Cette composante du marquage est indépendante du statut sexuel de l’animal.
Le marquage dans la maison peut se produire si des événements inconnus surviennent chez le mâle comme chez la femelle. 
Rq : les interférences avec les maladies du bas appareil urinaire rendent les études délicates.

Comportement social 

Les études n’observent pas exactement les mêmes influences comportementales, mais un comportement “pacifiste” semble favorisés par une castration précoce : 

  • Dans les études les chats castrés précocement plus “calme”, “affectueux” et “joueur”  que le ceux castrés après la puberté. Mais, ces conséquences pourraient être indirectement liées à leur aspect plus juvénile qui influe sur le comportement du propriétaire
  • Une étude portant sur 1660 chats vivants en Espagne pendant 4 annes, conclue à une augmentation de l’activité et des agressions contre le vétérinaire avec l’augmentation de l’âge de castration. 
  • Une autre étude  conclue à une diminution des agressions entre chats quand castrés avant la puberté, associé à une augmentation de leur affection.
    Par contre leur activité, jeux, excitation et vocalises demeurent inchangées.

Au final, la castration avant la puberté a un effet “bénéfique” par rapport à une castration post-pubère, mais la précocité de l’intervention ne semble pas avoir d’influence.
Les agressions intra-spécifiques peuvent persister en raison de la forte motivation territoriale, notamment chez les animaux castrés adultes.
Howe LM, Slater MR, Boothe HW, et al. Long-term outcome of gonadectomy performed at an early age or traditional age in cats. J Am Vet Med Assoc 2000;217:1661–1665.
Stubbs WP. Implications of early neutering in the dog and cat. 1995 Feb;10(1):8-12.
Spain CV et al. Long-term risks and benefits of early-age gonadectomy in cats. J Am Vet Med Assoc 2004;224:372–9.

Les complications opératoires

Des protocoles anesthésiques publiés et maitrisés permettent, de nos jours, d’anesthésier un animal pédiatrique sans augmenter les risques par rapport à l’adulte.
D’autre part, la chirurgie est plus simple chez la chatte âgée de 8 à 12 semaines que chez la chatte post-pubère. En effet, la localisation, ainsi que l’exérèse, des ovaires est plus facile (abdomen plus petit, tissu adipeux moins important).
Chez le mâle, il n’y a pas de différence significative dans la complexité de la chirurgie. Cependant, les vaisseaux sanguins drainant les testicules sont plus fragiles, le chirurgien doit donc être plus délicat (utilisation de fils de ligature).
Les complications post-opératoires sont rares (inflammation locale et douleur principalement) dans tous les cas, mais elles semblent inférieures lors d’une castration précoce (6,5%) par rapport à une castration traditionnelle (10,8%).
Enfin, le stress induit par l’intervention chirurgicale et donc la récupération postopératoire est plus rapide lors d’une castration précoce. Dans notre pratique au CRECS elle est même spectaculaire : reprise d’un repas 1H après, absence de signe de douleur et de stress, cicatrisation de la petite incision très rapide sans pansement, ni collerette.  

Effets secondaires indésirables de la castration (précoce ou non)

Les effets secondaires potentiels (physiques, immunologiques, comportementaux) d’une castration précoce sont encore méconnus et l’absence apparente de différence entre un chat castré avant 12 semaines  et un chat castré plus tardivement reste à démontrer définitivement.
En effet,  peu d’études se sont intéressées aux effets secondaires de la castration précoce (avant 12 semaines) ; les études concernent une faible population féline et elles n’évaluent pas des effets secondaires potentiels à long terme. La majorité des études concernent la comparaison entre des chats castrés avant la puberté et des chats castrés après la puberté.
Il semblerait que les effets indésirables soient les mêmes quel que soit l’âge de la castration avant. Nous allons donc développer les différences entre un chat castré avant la puberté et un chat castré après la puberté ou encore à un chat « entier ».

Prise de poids et obésité

Le surpoids et l’obésité sont la conséquence la plus négative de la castration chez le chat quelque soit l’âge de la castration ; ils favorisent de nombreuses maladies systémiques (MBAUf, ostéo-articulaires, diabète sucré, etc.).
La castration précoce (<4 mois) pourrait réduire le risque d’obésité. En effet, la phase de polyphagie est concomitante à la croissance rapide et donc au métabolisme élevé.
L’étio-pathogénie n’est pas encore bien maitrisée leur nature étant multifactorielle (activité, régime alimentaire, etc.). Néanmoins, il convient de connaitre quelques points remarquables : 

  • le surpoids semble essentiellement la conséquence d’une augmentation rapide de la prise alimentaire (en quelques semaines),
    les hormones sexuelles, œstrogènes et testostérone, sont rapportés pour être impliquées dans le contrôle de la satiété, en tant que dépresseurs de l’appétit,
    des altérations du métabolisme lipidique et musculaire, via IGF-1, prolactine, leptine et insuline, sont également suspectées d’être à l’origine de masse graisseuse,
    un contrôle de la prise alimentaire dans les six premiers mois semble réduire significativement le risque d’obésité.
  • une diminution du niveau d’activité,
  • une sous-estimation de la prise de poids de l’animal par le propriétaire.

Une maitrise de la prise alimentaire dès la castration et un suivi objectif du poids sont des points fondamentaux dans la prévention de l’obésité chez le chat.
L’intérêt de nouvelles stratégies de distribution (pipolino, etc.) et de rationnement (ajout de légumineuses, etc.) sont à évaluées afin de ne pas impacté négativement la relation chat/proporiétaire : vols d’aliments entrainant des sanctions, mise au régime interdisant la distribution des restes, apparition d’agressions autour de la prise alimentaire notamment chez le chat.

Backus R, Wara A. Development of Obesity: Mechanisms and Physiology. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2016;46(5):773-84 ; Allaway D et al. The impact of time of neutering on weight gain and energy intake in
female kittens Journal of Nutritional Science (2017), 6, e19, 1-4 ; Allaway D et al. Metabolic Profiling Reveals Effects of Age, Sexual Development and Neutering in Plasma of Young Male Cats. PLoS One. 2016 Dec 12;11(12):e0168144 ; Larsen JA. Risk of obesity in the neutered cat. Jfmes 1–5

Affection du bas appareil urinaire (MBAUf), syndrome d’urolithiase féline (SUF)

Les MBAUf et SUF semblent augmenter chez les chats castrés. Ceci pourrait s’expliquer par une diminution des marquages urinaires, augmentant la sédimentation dans la vessie ; mais surtout par l’obésité qui semble avoir un rôle à jouer important dans les MBAUf.
60% des chatons castrés avant 7 mois ont une persistence du frein du prépuce et ne peuvent donc pas décalotter mais ceci est sans conséquence (utile uniquement pour le coït). Idem pour les spicules péniens qui s’atrophient après une castration, quelque soit l’âge : permet un diagnostic de rémanence testiculaire en cas de comportement de marquage persistent.
Le diamètre urétral n’est pas réduit après une castration précoce, le risque de globe vésical n’est donc augmenté que par le risque de SUF augmenté.  

Croissance osseuse, taille à l’âge adulte et maladies ostéo-articulaires

La castration en période prépubertaire (particulièrement < 3-4 mois) retarde la fermeture des cartilages de croissance des épiphyses articulaires. Ainsi, un chat castré précocement présente une croissance prolongée par rapport à un chat castré après la puberté. Ce retard de fermeture pourrait faire craindre un risque augmenté de fracture osseuse du jeune au niveau des os longs (membres).

Longueur du radius en fonction de l’âge de la castration et chez le chat non castré

Les études indiquent que le facteur de risque d’une fracture de type Salter-Harris est l’excès pondérale (McNicholas, 2002). 
Les études indiquent qu’il n’y a pas un risque augmenté de fracture osseuse chez le chat castré, et rendent compte d’une incidence par ailleurs très faible des fractures de type Salter-Harris chez le chat castré.
Enfin, le chat castré précocement est très légèrement plus “haut sur pattes” (retard de fermeture des cartilages de croissance), mais cela ne se voie pas cliniquement (uniquement par mesures radiographiques des os longs) et donc n’impact pas leur inscription au LOOF, même pour les races de grandes taille (Main coon notamment). (Spain 2004)
McNicholas WT et al. Spontaneous femoral capital physeal fractures in adults cats: 26 cases (1996-2001). J Am Vet Med Assoc 2002;221:1731–6.
Root MV, Johnston SD, Olson PN. The effect of prepuberal and postpuberal gonadectomy on radial physeal closure in male and female domestic cats. Vet Radiol Ultrasound 1997;38:42–47.

Influence sur le système immunitaire

On sait que les oestrogènes augmentent la production d’anticorps, ont un effet anti-inflammatoire et antioxydant. La testostérone inhibe l’immunité humorale.  La puberté entraine une atrophie du thymus. Chez la souris, la stérilisation précoce entraine une hyperplasie du thymus.
Dans une étude (Spain 2004) les chats castrés avant l’âge de 5,5 mois ont une réduction significative de l’incidence de l’asthme et de la gingivite, comparativement à la gonadectomie entre 5,5 et 12 mois dans les premières années de leur vie. Cette différence n’était plus observée après l’âge de 5 ans.
A ce stade, on ne peut donc pas conclure sur l’impact de la castration sur les maladies immuno-dépendantes.

Conlusion générale

La castration du mâle ou de la femelle a un impact biologique, organique, comportemental, etc.
Les effets semblent actuellement majoritairement favorables : contrôle de la surpopulation, réduction des tumeurs mammaires et une prévention des autres pathologies génitales (testicules, ovaires, utérus, vagin), réduction du marquage urinaire et des agressions intra-spécifiques notamment. 
Contrairement aux idées reçues, la castration précoce ne réduit pas la taille du chat (ni l’augmente significativement), et n’affecte pas durablement ses défenses immunitaires. 
Il semblerait que les effets majeurs à considérer sont surtout une prise de poids et un risque potentiellement augmenté de maladies du bas appareil urinaire (SUF notamment). 
Il convient donc d’être particulièrement au régime alimentaire et surtout aux quantités distribuées et leur mode de distribution dès la castration effectuée : la polyphagie étant très rapide et premier facteur de la prise de poids. Il est intéressant de notre qu’une castration précoce semblerait limité la prise de poids post-opératoire.

Remarque : nous avons cité dans l’article, les études majeurs qui illustrent nos propos. Néanmoins, il faut savoir que celui-ci s’appui sur plus d’une centaine d’articles référencés.

 

 

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