Castration (chirurgicale)

La castration présente de nombreuses indications, mais aussi des limites (résultat souhaité non obtenu) et des effets indésirables. 
Chez le chat, la majorité de ceux non destinés à la reproduction sont castrés avant la puberté afin de réduire au maximum le développement des comportements sexuels secondaires : marquage sexuel, agressivité inter-mâle, vagabondage (à la recherche de femelles, développement du territoire), et odeur des urines. Dans la plupart des cas, les objectifs sont atteints et les effets indésirables sont essentiellement la prise de poids. voir articles : castration dans l’espèce féline – intérêts et risques pour leur santé.

Chez le chien, la castration présente différentes indications : traitement d’une maladie prostatique (hors cancer) et testiculaire, d’une tumeur hormono-dépendante (adénome des glandes hépatoïdes, etc.), mais surtout comportementale (levée de patte lors des mictions, comportement de monte et libido, agressivité, et fugue).
Les objectifs comportementaux ne sont pas toujours atteints (car  parfois non hormono-dépendants), et les effets secondaires aussi possibles (prise de poids, exacerbation de l’agressivité, incontinence urinaire, changement de pelage ou “puppy coat”). Voir article :castration dans l’espèce canine: quels risques pour leur santé ?

Nous allons détaillé, ici, les intérêts et limites de la castration  les comportements indésirables du chien et du chat. Ce qui amènera à comprendre l’intérêt d’une contraception médicale en première intention dans de nombreux cas.

Effet sur les comportements indésirables chez le chien

Come le montre les données ci-après, la castration diminue des comportements indésirables dans 60% des cas, sont sans effet positif dans 40% des cas.
Dans de rare cas, ils peuvent aggraver un comportement agressif ! 

Marquage urinaire → diminution

  • Dans la maison : diminution de 50 – 69%
  • Extérieur : diminution de 0 à 27%

Fugues → diminution

  • induites par des chiennes en chaleurs : diminution de 64%
  • liées à d’autres causes (chasse…) : diminution de 16%

Attirance /chevauchement → augmentation possible

  • Chienne en chaleurs : diminution de 41%
  • Personnes : diminution de 57%
  • Autres mâles : diminution de 43%
  • Objets inanimés : diminution de 26%
  • Augmentation de 5%

Agressivité → augmentation possible

Intra-spécifique (entre chiens mâles)
  • Sur 23 chiens ayant ce problème (Maarschalkerweerd et al.1997, étude de 122 chiens)
    • Amélioration: 57%
    • Aggravation : 4%
  • Sur 9 chiens ayant ce problème (Andersson and Linde-Forsberg 2001, 48 chiens)
    • Amélioration: 6 chiens
    • Aggravation: 1 chien
  • Etude   sur plus de 13000 questionnaires (C-BARQ) (Chevallier J. (2017) Castration précoce : changement de route com- portementale in L’adolescence, coll zoopsychiatrie, 53-59)
    • comportement agressif des chiens très peu influencé par la castration.
      Sont exclus de l’étude les chiens castrés très précocement (avant 6 semaines) et ceux qui ont été castrés pour un trouble du comportement.
    •  aucune influence de la castration sur les agressions intraspécifiques et sur les agressions vers les humains familiers.
    • Mais légère mais significative augmentation sur les agressions sur les humains étrangers entre les mâles entiers et les mâles castrés.
      • chiens castrés entre 7 et 12 mois : augmentation des étrangers de 26% par rapport aux mâle entiers .
Agression inter-spécifique (chien-homme)
  • Voir étude ci-dessus : risque entre 7 et 12 mois (période de sensibilisation ?)
  • Sur les chiens ayant ce problème (Maarschalkerweerd et al.1997 : 122 chiens)
    • Diminution: 22%
    • Aggravation: 4%
        • Diminution: 9%
        • Aggravation: 4%Agressivité vis-à-vis de personnes familières
  • Aggravation : 1/48 chiens castrés (2%)  
    Andersson and Linde-Forsberg 2001 – 48 chiens
  • Méta-analyse semble indiquer que les risques de morsures sont nettement diminués chez les chiens castrés 
    D’Oneise K. Mandatory desexing of dogsone step in the right direction to reduce the risk of dog bite? A systematic reviewInj Prev. 2017 Jun;23(3):212-218.

La stérilisation d’un chien agressif reste une décision médicale dont la balance bénéfice-risque mérite toute l’attention du praticien.
Farhoody P, et al. (2018) Aggression toward Familiar People, Strangers, and Conspecifics in Gonadectomized and Intact Dogs. Front. Vet. Sci. 5:18. doi: 10.3389/fvets.2018.00018

Anxiété de séparation → diminution

 

  • Diminué par rapport au chien entier
    • mâle castré < mâle entier < Femelle
      Masters AM, McGreevy PD Dog keeping practices as reported by readers of an Australian dog enthusiast magazine. Australian Veterinary Journal 2008
      Farhoody P, Zink MC Behavioral and physical effects of spaying and neutering domestic dogs (Canis familiaris). Master’s Thesis, Hunter College, 2010
      Takeuchi Y et al. Evaluation of treatments for separation anxiety in dogs. Journal of the American Veterinary Medical Association 2000

Contraception médicale

La seule méthode de contraception médicale chez le mâle est l’utilisation d’analogues de la GnRH sous forme d’implant.
Il n’existe qu’une unique présentation médicamenteuse adaptée aux carnivores domestiques. L’acétate de desloréline, Suprélorin 4,7® et 9,4® (Virbac©) possède une AMM pour la contraception du mâle.
Remarque  : les anti-androgènes et progestatifs ne sont pas de bons contraceptifs chez le mâle : absence de stérilité systématique, effet comportemental indirect ne permettant pas de prédire l’effet d’une castration chirurgicale ultérieure (effet anxiolytique de ces molécules : delmadinone (Tardak®), cyprotérone (Androcur®), etc.

 

La GnRH est le décapeptide (produit par le cerveau, hypothalamus) qui régule le reste de l’axe gonadotrope (de l’hypophyse aux testicules), et donc la spermatogénèse (production des spermatozoïdes). 

L’utilisation d’un super-agoniste entraine après un effet de latence (voir infra) comprenant une hyper-stimulation de courte durée (augmentation de la testostérone), un arrêt de la stimulation de l’axe gonadotrope par un effet de désensibilsation des récepteurs de l’organisme à la GnRH.
L’effet est temporaire et donc réversible.

 

Mode d’action chez le mâle : de la stimulation à l’inhibition temporaire

Stimulation initiale (effet “flare up”) et phase de latence

L’implant de Suprélorin® entraine d’abord une stimulation de la production de testostérone et de ses dérivés (DHT notamment) : effet “flare up, d’une durée de 8 à 15 jours.
Ainsi, l’implant peut aggraver dans les premiers jours des signes cliniques chez un chien souffrant d’une maladie prostatique (HBP, prostatite, etc.), d’une tumeur hormono-induite (adénome des glandes péri-anales), ou encore d’une balanoposthite (sécrétion excessive de smecma). Un cas d’orchite post-implantatoire a été observé sur un chien souffrant d’un leydigome (données personnelles).
Le principal effet indésirable redouté est une augmentation de l’agressivité intra- et inter-spécifique dans les premiers jours post-implantation. Il est nécessaire de prendre des précautions particulières (gestion du territoire, comportement, et traitement médicamenteux) chez un chien à risque « mordeur » ou encore chez des chiens vivants en meute.

Inhibition temporaire = castration chimique

Chez le chien, après quelques semaines, l’effet de latence se termine et le mâle présente une inhibition complète de la production de testostérone (< 15 jours) et de la production de spermatozoïdes (< 6 semaines). Interruption temporaire (voir infra).

Chez le chat, l’effet de latence semble beaucoup plus long, entre 2 et 3 mois !

Démonstration de la véritable castration chimique, d'après Tirgg et al. 2006

La courbe en rouge est la courbe étalon : chien non traité
Les autres couleurs montrent : 

  • la stimulation de quelques jours après la mise de l’implant, puis
  • l’arrêt complet de production de testostérone pendant une durée variable selon les chiens (180 à 300 jours), puis
  • une reprise de l’activité hormonale normale
d'après Goericke-Pesch et al. 2010 et 2011

La diminution de la testostérone est longue chez le chat > 80 jours

Effet sur la fonction de reproduction

Chez le chien → suppression totale

  • Réduction du volume testiculaire:
    • 35% du volume initial (Junaidi et al. 2003)
    • 46.3 ± 2.0 mm è 37.7 ± 2.0 mm (Romagnoli 2006)
  • Réduction du volume des éjaculâts (Trigg et al. 2006)
    • Plus d’ éjaculât récoltable après 6 semaines
  • Diminution de la qualité du sperme
    • Augmentation des anomalies morphologiques (7 à 70%)
  • Suppression de la libido en 30 à 35 jours (Trigg et al. 2006)

 

Chez le chat → suppression totale

  • Diminution des testicules significatifs après 90 jours
  • Disparition des spicules péniens (androgéno-dépendants)
    • Diminution après 60 jours
    • Disparition totale après 210 jours

Effet sur le comportement

Chez le chien

Comparaison castration chirurgicale vs Suprélorin 4,7, d'après De Gier et al. 2010 et 2012

La comparaison de l’impact de la contraception médicale par rapport à la castration chirurgical, indique qu’il n’y a pas de différence significative. 
Les effets comportementaux temporaires de l’implant de desloréline est prédictif de l’effet d’une castration chirurgicale aux effets  irréversible.

Les études sont l’impact comportemental sont encore limitées mais vont toutes dans le même sens → Identique à la castration chirurgicale

  • Exemple : étude de C. Béata en 2016 sur 9 chiens présentant un ou plusieurs des 5 motifs suivants : chevauchement, fugue, marquage urinaire, agressivité intra-spécifique ou inter-spécifique. Après implantation au 4,7 mg : 
    • Arrêt des comportements gênants sur 8/9 chiens
    • Diminution de 90% chez le dernier chien

Chez le chat

→ Identique à la castration chirurgicale
D'après Goericke-Pesch

Durée d’efficacité et réversibilité

Chez le chien

La durée d’efficacité est individu dépendant mais surtout taille-dépendant : + le chien est petit + l’action est prolongée.
98% des chiens ont une production de testostérone restaurée 180 jours après la pose de l’implant 4,7 mg.
La durée est plus élevée lors d’une implantation prépubertaire (> 2 ans). Non recommandé chez un futur étalon reproducteur.
L’implant peut être répété pendant plusieurs années sans altération de son efficacité, et sans altérer un retour à la fertilité normale à l’âge adulte.

Chez le chat

La durée d’efficacité est très variable selon les individus. La reprise de l’activité reproductrice : 

  • Suprélorin 4,7® : 6 à 24 mois, avec une moyenne de 12 mois
  • Suprélorin 9,4® : 24 à 30 mois (une seule étude à ce jour)
  • + 5 à 6 mois pour une récupération complète après reprise de l’activité

En conclusion : 

La plupart des chats sont castrés avant la puberté afin de prévenir des comportements indésirables. Une contraception médicale est tout à fait possible et efficace, mais elle nécessite des traitements répétés.
Chez le chien, il est fondamental de définir les motivations amenant à vouloir castrer le avant de planifier la chirurgie. En effet, les résultats ne sont pas toujours bénéfiques et sont irréversibles. 
Ainsi, dans un contexte de réduction de comportements indésirables (agressivité, fugue, désobéissance, etc.), il est souvent plus avisé en première intention, de réaliser une contraception médicale, au sein d’une stratégie comportementale plus vaste, afin de constater de visu les impacts de celle-ci sur le chien. Selon les résultats, le traitement pourra être arrêté, répété ou une castration définitive programmée. 
La contraception médicale est aussi une alternative séduisante à la castration avant la puberté, afin de prévenir au mieux le développement des comportements sexuels (marquage, fugues pour saillir une chienne, etc.). Elle est efficace et réversible. Ainsi, il sera toujours possible de mettre le mâle à la reproduction à l’âge adulte.

 

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