Les modalités d’alimentation artificielle sont une source d’inquiétude et souvent d’incompréhension.
L’enjeu est crucial. Toute erreur peut entraîner de graves répercussions  immédiate mais aussi sur le plus long terme (immunité, digestif, croissance, développement psychique, etc.).
Cet article est extrait de l’ouvrage : Guide pratique de reproduction, ed. Medcom, rédigé notamment par le Dr Vet Lévy (Spécialiste en Reproduction, ECAR dip) et les Drs Blanchard et Paragon (Spécialistes en Nutrition, ECVCN)

Nous allons détaillé les différents chapitres suivants – cliquez pour un accès direct : 

Indications

  • Orphelin / Agalactie maternelle
  • Portée importante
  • Dysorexie
  • Faiblesse (Syndrome de dépérissement)
  • Retard de croissance
    • Courbe de poids plus lente que fratrie
    • Chaton : si poids naissance inférieur à 70-80 g, puis croissance inférieure à 70-80g par semaine
    • Chiot : si ne double pas son poids de naissance en une semaine, et si croissance inférieure à 2 g (grand format) à 4 g (petit format) /kg de poids adulte estimé / jour durant le premier mois

Matériels recommandés

  • Biberon avec tétine adaptée à la taille du nourrisson (Doodie®, Royal canin©, etc.)
  • Eponge
  • Sonde naso-gastrique (5Fr < 300 g ; 8-10 Fr > 300g ; sonde urinaire)
  • Seringue de 2 à 20 ml avec tétine
  • Lait artificiel (voir Annexes : création d’un lait chiot / chaton)
  • Chauffe-biberon ou thermomètre

Méthode de distribution

Biberon

  • Poser le nourrisson sur vos jambes ou une serviette enroulée afin de lui permettre de pétrir
  • Faite perler le lait au bout de la tétine
  • Insérer dans la gueule sans angulation (risque d’aspirer de l’air et colique)
  • Ne pas mettre la tête en extension (risque de fausse déglutition)
  • Maitriser la vitesse de distribution (ralentir si ressort par le nez)
  • Masser le ventre dans le sens des aiguilles d’une montre pendant 30 secondes après la prise

Eponge 

Très intéressant pour les nourrissons avec bon réflexe de succion mais difficulté à prendre la tétine

  • Couper une éponge en biseau adaptée à la taille de la gueule
  • Injecter à la seringue le lait dans l’éponge
  • Laisser le bébé tété sur la partie biseauté

Sondage oro-gastrique (en réalité oesophagien)

    •  Mesurer la distance entre la pointe de la truffe et la dernière côte (tête en extension) = marquer un trait à ¼ de la distance (région larynx) ;
    • Brancher la seringue remplie de lait (2 à 10 ml) en laissant un espace mort (air) afin de vider la sonde avant de la retirer
    • Insérer la sonde délicatement mais rapidement en longeant le palais et en le laissant déglutir. Chiot en position identique que pour la tétée – en maintenant la tête pour éviter de reculer la sonde au cours du repas
    • Injecter le lait doucement dans l’estomac : 1 à 2 minutes
    • Maintenir le nourrisson en position verticale dans la paume de la main
    • Masser le ventre dans le sens des aiguilles d’une montre 20 à 30 secondes.
Schéma réalisé par F. Serres
Voir la vidéo de démonstration

 

Alimentation d’une portée de chaton à la sonde. Attention, ici la seringue est trop volumineuse pour une alimentation progressive. Privilégiez des seringues de 2 à 5 ml.
Injecter très lentement le lait pour distendre très progressivement l’estomac.

 

Composition du lait

  • Lait commercial pour chiot/chaton : respecter le mode de préparation :
    • un lait trop concentré favorise diarrhée et colique
    • un lait trop dilué n’apporte pas l’énergie suffisante

La qualité nutritionnelle du lait de remplacement est essentielle au bon développement du chiot et du chaton : musculo-squelettique, immunitaire, hormonal, cerebral, etc.
Beaucoup de recommandations peuvent être lues sur le net, sans aucun contrôle scientifique et sans preuve de leur qualité réelle. 
Nous vous faisons partager ici les connaissances à maitriser pour faire un choix éclairé.

Quelques caractéristiques du lait de la mère… et allaitement artificiel du jeune 

Quel lait maternisé ? Pourquoi pas du lait de vache, chèvre ou brebis pour un nouveau-né en bonne santé ?

Notez dans le tableau des différences très importantes de composition entre les laits des ruminants (vache, chèvre, brebis) par rapport au lait de chienne et chatte. Le taux de matière protéique (albumine) est très faible chez les ruminants. Le taux de matière grasse est en moyenne 2 fois plus élevé chez la chienne comparé aux ruminants ou à la chatte. Ces différences ont un impact évidemment très important sur la croissance des chiots et chatons. La lait de brebis est souvent apprécié des éleveurs car il est plus digeste, car en réalité très pauvre en matière grasse. Intéressant lors d'épisode de diarrhée, mais certainement pas pour une lactation entière contrairement à ce qu'on peut parfois lire sur différents forums.

Quelques informations supplémentaires à propos du lait de chatte : 

  • Il contient en outre de la Taurine : 359 ± 42  mg/litre de lait (Rassin et al., 1978).
  • L’acide linoléique (oméga 6) représente 17 % des Acides Gras du lait, l’acide linolénique (oméga 3) environ 5 fois moins.
  • L’acide arachidonique (oméga 6) représente 1,5 % des Acides Gras du lait.

Le lait de chatte et de chienne est plus concentré en protéines, mais moins riche en lactose, que le lait de vache.

Principaux laits commerciaux du commerce

Il faut donc acheter du lait maternisé pour chiot ou chaton, ou, le temps d’en trouver, adapter du lait de vache…

 

Lait ménagée : ration calculée par le Dr Géraldine Blanchard 

Nourrisson avec entérite et maldigestion du lactose (> 2 semaines) 

Le CRECS pratique depuis des années un mélange très efficace à partir de 3 semaines chez les chiots, voir 2 semaines chez les chatons   : lait maternisé pour chiot (70%) –Glc 30% (20%)  – Hill’s a/d ® (10%)

Température du lait

  • 35 à 38 °C
  • Un lait trop froid favorise hypothermie et colique
  • Un lait trop chaud risque de bruler les muqueuses

Volume (quantité) de distribution

    • Volume moyen de l’estomac : 40 ml/kg de poids vif, soit 4%
    • Ne pas distendre l’estomac à son maximum (risque de colique, vomissement)
    • Repas de lait par repas : proposer maximum 4 ml de lait / 100 g de poids ;
    • Besoin énergétique :
      • S1: 290 Kcal/kg/j à S4: 200 Kcal/kg/j
      • Apport calorique du lait reconstitué : 1200 à 1600 Kcal/L
    • Besoin en lait du chiot :
      par jour : 20 à 26 ml de lait / 100 g de Poids (Lawler, Theriogenology, 2008)
    • Besoin en lait du chaton :
      par jour : S1/S2/S3/S4 au rythme de 25-35 ml en 7 biberons/35-50 ml en 6 biberons /50-70 ml en 5 biberons/70-100 mL en 5 voire 4 biberons
      ou 
    Première semaine : 10-12 % poids du nouveau-né, avec maximum 4% du poids par repas
    Semaine 2 à 4 :  ¼ du poids chaton , avec maximum 4% du poids / repas
  • Besoin en eau : 10 à 20 ml/100g/j, équivalent à couvrir en cas d’absence ponctuelle d’alimentation lactée

Rythme de distribution et espacement des repas

Nourrisson en bonne santé :

  • S1 : un biberon toutes les 2 à 3 heures
  • S2-3 : un biberon toutes les 3 à 4 h
  • S4 : un biberon toutes les 4 heures (6 heures la nuit)
Modalités pour un sevrage progressif qui se termine à 6-7 semaines chez le Chaton - proposé par la spécialiste en nutrition Géraldine Blanchard

Le schéma peut être le même chez le chiot, mais il est possible qu’il lape plus rapidement.

Nourrisson avec trouble digestif

  • Biberon espacés 4 à 6 heures au besoin pendant la phase aigüe (24 à 72 heures)
  • Maintenir glycémie par perfusion ou miel sur gencives
  • Contrôler glycémie toutes les 6 heures 

 

Nourrisson avec pneumonie

Biberon toutes les 2 heures avec volume de 2% max. (ne pas comprimer le diaphragme)

 

Attention

Après chaque biberon, si le nouveau-né n’est pas élevé par sa mère, il faudra lui stimuler le périnée avec un linge très doux, humide et tiède pour faciliter l’élimination des urines ainsi que la défécation (c’est normalement la chienne ou la chatte qui, en léchant ses petits, provoque ce réflexe qui s’acquiert plus tard).

Voir la vidéo de démonstration – Cliquez

Premiers aliments solides

Dès la 4ème semaine d’âge des chatons, laisser un peu d’aliment solide (un aliment humide pour chiot ou chaton, de préférence déjà consommé par la mère, ou un mélange ménager -voir ci-dessous), plutôt humide et pauvre en amidon, dans une écuelle à bords bas, de manière à préparer le sevrage.

Exemple de mélange solide ménager pour compléter l’allaitement puis préparer le sevrage du chiot ou du chaton

Ration préparée par le Dr Géraldine Blanchard 

Ration  avant l’âge de 5 semaines

  • 100 g de viande ou de poisson, cuit au moins 2 minutes à 60°C à cœur, puis haché
  • 4g (=1 dosette) de Vit’i5 LittleCa:P=3
  • 5 ml d’huile de colza (crue, à ne pas utiliser pour la cuisson)
  • plus une fois par jour, une cuillère de yaourt nature

Ration à partir de l’âge de 5 semaines

  • 100 g de viande ou de poisson, cuit au moins 2 minutes à 60°C à cœur, puis haché
  • 4g (=1 dosette) de Vit’i5 LittleCa:P=3
  • 5 ml (2g) de son de blé
  • 5 ml (5g) de flocons d’avoine (+ 10ml d’eau & 1 minute au four à micro-ondes)
  • 5 ml d’huile de colza (crue, à ne pas utiliser pour la cuisson)
  • plus une fois par jour, une cuillère de yaourt nature

Extraits du livre

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