Une mise bas normale n’est pas une succession chronométrée de naissances. La surveillance utile repose sur le terme réel, l’état de la mère, la qualité des contractions, le nombre de fœtus attendus et la viabilité des nouveau-nés.
1. Prévoir le terme : ovulation avant calendrier
Chez la chienne, l’intervalle saillie–mise bas peut varier de façon trompeuse parce que les spermatozoïdes survivent plusieurs jours. En revanche, la parturition survient généralement autour de 63 jours après l’ovulation. Une datation fondée sur progestérone, cytologie et éventuellement échographie ovarienne permet donc d’anticiper beaucoup mieux le terme.
La chute pré-partum de progestérone est un signal physiologique important. Une baisse de température rectale est fréquente mais inconstante et peut être manquée ; elle ne doit jamais être utilisée seule pour programmer une césarienne.
2. Stade I : le travail commence avant les poussées
Le stade I correspond à la maturation cervicale et aux contractions utérines non visibles extérieurement. La femelle peut être agitée, haleter, gratter, refuser de manger, chercher son nid ou au contraire réclamer du contact. Des tremblements peuvent survenir sans hypocalcémie.
Chez une chienne à terme, ce stade dure souvent plusieurs heures. Une femelle qui devient prostrée, douloureuse, présente des pertes anormales ou dont les fœtus deviennent bradycardes n’est plus dans un simple « stade I long ».
3. Stade II : naissance des chiots ou chatons
Le stade II commence lorsque les contractions abdominales expulsives sont visibles. Chez la chienne, des intervalles de quelques minutes à plus d’une heure sont fréquents. Une pause peut être normale si la mère est confortable et qu’il n’existe pas de souffrance fœtale.
La présentation antérieure comme postérieure peut être physiologique. Ce qui devient anormal est l’absence de progression malgré des efforts efficaces, une posture incompatible avec la filière pelvienne ou une disproportion.
4. Placentas : ne pas faire du comptage une obsession
Chaque fœtus a son placenta, mais ils ne sont pas toujours expulsés immédiatement avec le nouveau-né et la mère peut les ingérer. Un placenta « non vu » ne signifie donc pas automatiquement une rétention. Une rétention pathologique se suspecte surtout lorsque l’involution utérine, les pertes ou l’état général deviennent anormaux.
5. Ce qu’il est utile de noter pendant la mise bas
- heure de naissance et poids de chaque nouveau-né ;
- présentation, facilité d’expulsion et besoin d’assistance ;
- intervalle entre les naissances ;
- qualité des contractions ;
- aspect des pertes ;
- nombre attendu à la radiographie de fin de gestation ;
- comportement maternel et qualité de la succion.
Une radiographie de fin de gestation simplifie énormément la décision : savoir qu’il reste deux fœtus n’a pas la même signification que se demander si la mise bas est simplement terminée.
6. La chatte : le « travail interrompu » peut être physiologique
La chatte peut faire une pause, allaiter ses premiers chatons, manger, dormir puis reprendre le travail. Dans une étude classique de 197 chattes, l’intervalle médian était d’environ 30 minutes et 95 % des chatons naissaient dans les 100 minutes suivant le précédent, mais des intervalles beaucoup plus longs existent. Le stress ou le déplacement peuvent eux-mêmes inhiber la reprise.
Un intervalle supérieur à deux heures doit donc entraîner une réévaluation, pas une césarienne automatique.
7. Signes qui doivent faire consulter
- contractions abdominales fortes 20–30 minutes sans naissance ;
- fœtus visible qui n’avance plus ;
- pertes abondantes, malodorantes ou hémorragiques ;
- douleur, abattement, syncope ou température anormale ;
- intervalle qui s’allonge avec des fœtus encore présents ;
- fréquence cardiaque fœtale persistante basse ;
- mise bas qui ne débute pas malgré un terme bien établi.
Voir notre synthèse : Dystocie chez la chienne et la chatte.
8. Après la naissance : respiration, chaleur, colostrum et poids
Une fois les membranes ouvertes, le nouveau-né est séché, stimulé et gardé au chaud. L’aspiration n’est réalisée que si des sécrétions gênent réellement les voies aériennes. Un nouveau-né apnéique ou qui gaspe nécessite rapidement une ventilation en pression positive.
La mise à la mamelle précoce favorise colostrum et lien maternel lorsque mère et nouveau-né sont stables. Chaque petit doit être identifié et pesé ; la trajectoire de poids est ensuite l’un des meilleurs signaux précoces de dépérissement.
Voir : Réanimation néonatale du chiot.
Questions fréquentes
Combien de temps maximum entre deux chiots ?
Il n’existe pas un seuil universel. L’état de la mère, les contractions, le nombre restant et la fréquence cardiaque fœtale sont plus importants que le chronomètre seul.
Faut-il donner du calcium avant la mise bas ?
Une supplémentation calcique empirique pendant la gestation n’est pas recommandée et peut perturber l’adaptation parathyroïdienne. Le calcium thérapeutique se justifie lorsqu’une hypocalcémie ou une inertie compatible est diagnostiquée.
Références principales
Musters J et al. Questionnaire-based survey of parturition in the queen. Theriogenology. 2011;75:1596–1601.
Holst BS. Feline breeding and pregnancy management: what is normal and when to intervene. JFMS. 2022;24:221–231.
Nöthling JO et al. Progesterone point-of-care assay to predict onset of parturition in the bitch. Front Vet Sci. 2022;9:914659.
Boller M et al. RECOVER newborn resuscitation guidelines. JVECC. 2025.